Il y a quatre ans, c’était la fin de la guerre. Il fallut beaucoup de temps pour y arriver ; il en faudra davantage pour revenir à une situation économique normale.
Et il y a vingt huit ans aujourd’hui que nous allions voir Pierre avec mon frère à Montigny. Ce soir-là une tempête violente soufflait. En allant téléphoner à Cormeilles, le vent emporta ma pipe. Il y avait trois jours que j’étais libéré. Fort heureusement, je n’avais fait qu’un an. Je ne pensais pas à cette époque que plus tard, je referais presque cinq ans.
Heureux temps où je vivais sans souci. Heureux de travailler en fumant ma pipe me laissant aller doucement au fil des années comme ces petites branches qui descendent les cours d’eau indifférentes à ce qui se passe sur les bords de la rivière.
Je suis allé à Paris. J’y étais vers dix neuf heures. A ma grande surprise, Henri était déjà fermé. je montais doucement, frappais, on ouvrit. La table était mise, je suis rarement arrivé aussi juste pour me mettre à table, j’en étais intimidé. M. et Mme Collier que j’avais déjà vus il y a pas mal de temps étaient invités. Après le dîner, mon neveu égaya la soirée en jouant du violon, ce dont il s’acquitte très bien, il fut vivement félicité par les invités. Moi j’aurais pu un autre jour chanter mais hier soir ma voix était fêlée. Je rentrais ce matin ; devant la maison Eugène m’attendait. Il déjeuna ce matin et nous causâmes. Ensuite l’après-midi, vers trois heures au moment où je me préparais à m’allonger dans mon fauteuil, pan-pan à la porte. J’ouvrais et c’était Jeanne. Elle fut bienvenue, répara une poche de mon gros pardessus. Je lui fis prendre un bouillon concentré avec un petit coup de blanc et la reconduisis un peu. Dans l’après-midi un dirigeable s’est baladé sur Clichy. Je me suis appliqué une [...] pour enfin soigner cette grippe.

