Stanislas Guillot est né à Asnières en 1872 et mort en 1939 à Troô.
Son père Louis est originaire de Richelieu en Touraine. Il est boulanger. Il meurt, usé par les infortunes, le 28 octobre 1892. Il est enterré au cimetière d’Asnières. Sa mère s’appelle Marie André. Elle est originaire du Morvan. Elle a un frère, Jean, qui travaille dans la banlieue de Paris et possède un accent prononcé de “morvandiot”. Marie est une mère aimante, bonne éducatrice toujours inquiète. Elle aura 4 enfants, Eugène, Tanis, Albert et la petite Angèle. Elle subit les mauvaises affaires de son époux et tirera le diable par la queue toute sa vie. Elle meurt en 1919. Deux de ses trois fils partiront à la guerre. Elle ne se remettra pas de la disparition d’Albert, le fils prodige que la guerre va lui ravir.
Elle sera enterrée au cimetière parisien de Pantin. Albert est enterré en 1918 à Versailles, au cimetière militaire des Gonnards.
Eugène, le frère ainé, est employé dans divers restaurants. Il est le mal aimé de la famille. Il n’a pas “réussi”. Il habite à Charonne et a fait un mauvais mariage contrairement à l’ainé, Albert, qui est bien marié. De santé fragile, Eugène meurt en 1927 d’une embollie pulmonaire et sera incinéré au Père Lachaise.
Tanis est enterré au cimetière de St Quentin les Trôo non loin de la sépulture de sa soeur Angèle, de son beau-frère Henri et de son neveu Albert.
Stanislas est revenu des 4 ans de guerre. Avant guerre, il était ouvrier à la Raffinerie Parisienne de St Ouen. Il fut ensuite mitron et ouvrier boulanger à Montigny-Beauchamp. Ensuite, il travailla comme intérimaire à Paris, toujours ouvrier dans la boulange. Les nuits étaient dures. Avant guerre, il entre au Carbone Lorraine à Gennevilliers.
En 1914 , il est mobilisé et part depuis la gare de la petite ceinture avenue Clichy pour la gare de l’est. Il en reviendra meurtri près de cinq ans plus tard et reprendra son emploi au Carbone.
Célibataire malgré lui, il tint de 1921 à sa mort en 1939 un journal dont certains passages sont retranscrits ici. Solitaire et mélancolique, il y évoque les moments heureux de l’enfance, la vie quotidienne à Clichy, le certificat d’études, les fortifs’, son amour entier et contrarié pour Jeanne, la rupture profonde de la guerre, son aversion pour les doctrines politiques du moment.
Tanis est visionnaire. Poète, généreux, réservé et sensible.
Ce journal constitue un témoignage unique sur la vie quotidienne à Clichy et Paris entre les deux guerres. Tanis observe, consigne, vit avec son temps -il aura une radio avant tout le monde. Il s’intéresse au monde qu’il observe avec avidité.
Le journal est aussi prétexte à l’évocation des années des jeunesse avant guerre alors qu’il était “dans la boulange” à Montigny-Beauchamp et dans diverses boulangeries parisiennes.
Tanis est mort à la Haute Bergère, à Trôo, près de Montoire. A sa mort, certains carnets jugés compromettants seront détruits par Angèle, soeur de Tanis ou par Jeanne qui fut l’amour de sa vie et qui souhaitera dissimuler – en vain – son identité réelle.
Car Jeanne mourra seule, sans identité, abandonnée par Angèle, sans famille pour l’éternité, à l’hospice de Vendôme, en 1957 ou 1958, près de 20 ans après Tanis. Elle n’aura pas de sépulture et le mystère de ses origines restera entier. Les archives gardent les secrets que les hommes et femmes ont voulu garder entiers. Leurs souhaits sont donc exaucés. Les enfants nés sans naissance, les enfants morts car sans naissance, les souffrances, les hontes. C’est dérisoire et humain.
Je vis en compagnie de Tanis depuis 2007. Ses carnets sont mes compagnons. La personne est devenue familière. J’ai vécu dans son quotidien, au jour le jour, perçu sa solitude, ses joies, ses soucis matériels. J’ai entendu ses inquiétudes, compris ses silences, lu entre ses lignes. J’ai partagé son univers devenu mien. Les non -dits, les délicatesses, les bons mots, sa vision qui se révélera prémonitoire m’ont impressionnés.
La lecture de ses carnets reste une source d’étonnement et d’admiration.
Il me reste encore beaucoup à faire pour retranscrire la totalité des carnets. Quand l’oeuvre sera achevée, j’aurai appris beaucoup. J’aime l’idée d’avoir, à ma façon, réhabilité Tanis. Je vis tout près des lieux qui lui étaient si familiers : Clichy, le boulevard national, la rue Martre, la porte de Clichy, la rue Lamartine, le Carrefour de Chateaudun, l’avenue de Clichy, la rue des Abbesses. Parfois, je marche dans ses pas. Nous communiquons ainsi à notre manière, par delà les années. Je voulais juste lui rendre hommage.

Philippe a dit:
Vraiment une bonne immersion. Je suis tombé sur ce site en tentant de trouver quelque-chose sur les galeries Barbés et je suis tombé sur l’affiche…
J’adore l’histoire et les histoires…
monica a dit:
comme Philippe, je cherchais qq chose sur les Galeries Barbès ! incroyable, et merveilleux de reprendre les carnets , bel hommage, je commence à les lire aujourd’hui……. avril 2012
Gautheron a dit:
Merci à vous. Une publication d’une grande partie du journal est prévue mais c’est n’est pas pour demain…
Isabelle