Mercredi 12 janvier 1938
C’est aujourd’hui que je vais faire pointer ma carte de chômeur. Je suis allé faire pointer ma carte et en même temps j’ai mis trois journaux à la poste. Je vais astiquer le fourneau. C’est fait. J’ai commencé à démoilir la caisse qui était dans le cabinet pour avoir du bois. J’ai mis en ordre mon tiroir à ferraille et j’ai ciré les chaussures. Il est midi, je viens d’allumer le feu, je vais manger le reste de la purée. Il y a encore du bœuf pour demain. J’ai fait cet après-midi deux casiers de l’armoire en commençant par le haut. Je croyais que Husson serait venu voir l’appareil ce soir et j’avais allumé la grosse lampe. Je viens de la souffler à 19 heures. Il n’est venu personne, la T.S.F. reste muette.
Jeudi 13 janvier 1938
Debout avec le jour terne, sombre et triste. Il a plu, toujours vent d’ouest, baromètre sans changement depuis la veille 765. Il y a une dépression de l’Irlande à l’Islande, ce matin hygro 85, + 15. J’allumerai le fourneau vers 11 heures comme hier. Hier c’est à Marseille et Nîmes qu’il faisait le plus froid, Marseille 0° et Nîmes + 2. 15 heures : le dedans de l’armoire est fait. J’ai 64 paires de chaussettes bonnes. J’ai éliminé des choses qui ne peuvent servir. En attendant la nuit, je vais démolir deux blouses. Le maximum de hausse au baromètre est atteint. Vers 15h30, la concierge m’a remis une lettre pour aller montrer mon titre de rente du Carbone. J’y suis allé, je leur ai dit que je n’avais pas de titre, qu’à la fin du mois, je leur montrerai ce que je touche. Il parait que je passe devant la commission du chômage ce soir. Je retournerai samedi matin et à peine étais-je revenu, que l’on frappe à la porte. C’étaient Maurice et Husson qui venaient pour voir l’appareil. Ils ont sorti les lampes et démonté l’appareil. Il parait qu’une lamelle se touchait. Ils ont resserré toutes les vis. Enfin, cela a demandé plus d’une heure. Il y en a des enchevêtrements de fils dans cette boite. C’est aussi compliqué qu’une montre. Ils sont partis vers 19 heures.
Vendredi 14 janvier 1938
[Illustration Luynes vue du château, légende de Tanis XVIè et XVIIè siècle,12 km de Tours]
Ce matin debout à 7 heures. Il fait un peu plus clair après la pluie de la nuit, le ciel n’est que nuageux. Après la légère baisse d’hier, le baromètre a haussé brusquement de 6 soit à 9 heures 770 mini + 7 hygro 78. temps brumeux, ciel blanc, vent S E. Le fils de Gouëllain m’a envoyé une carte de Tunis et ce matin je suis allé faire pointer ma carte. En même temps, j’ai mis trois journaux àl a poste. J’ai fini de voir l’armoire. J’ai fait un paquet de trois vieilles blouses que j’ai mis en haut avec les photos agrandies, les chapeaux. Il est déjà midi. Je vais me raser. Le vent est fort et le baromètre après sa brusque montée baisse de nouveau. J’ai marqué les deux grands torchons après les avoir lessivés. Ceux-là je ne les donne pas à laver car je craindrais de ne plus les revoir. On n’en fait plus comme ceux-là. Voilà encore l’appareil qui fait des siennes. Il fait des couacs à présent. Encore quelque chose qui ne va pas. Le temps s’est éclairci, j’ai aperçu la lune. Le baromètre a baissé de8 mm depuis ce matin. Il est à 762, nous allons avoir une bourrasque et le ministère Chautemps. Si l’on renverse ceux qui veulent faire des économies, c’est que ce sont les prédécesseurs qui vont revenir.