Le lit est fait. Si je n’ai pas vu la première hirondelle, j’ai aperçu la première punaise.
Le temps semble vouloir s’améliorer et le baromètre a haussé de 6 mm. En somme, il ne fera pas si mauvais temps. C’est Jeanne qui va faire la cuisine. Et dire qu’il y a quelque trente ans, je l’ai entendue critiquée par ceux-là même qui ont pris des femmes qui certainement ne la valaient pas. Elle sait tout faire dans le ménage. J’ai même entendu des critiques sur sa santé mais ceux-là ne sont plus non plus. Alors voilà comment on délaisse le mérite. Je ne sais rien de son passé. Je ne l’ai jamais interrogé là-dessus . Je n’ai pas l’habitude de confesser qui que ce soit aimant moi-même à garder ce que je sais pour moi. Il se peut qu’elle ait eu une déception étant jeune. Il y a des souvenirs qu’il vaut mieux laisser dormir. Surtout à présent où dans notre vie il y a plus de passé que d’avenir.
J’ai pris l’autobus au coin du Boulevard de Lorraine et j’étais rue Lamartine vers 12 heures 30.
Le petit neveu Michel était là, il court tout seul. Il y avait la grand-mère. Albert était là aussi ainsi que la mère à Georges qui est venu peu après. On écoutait la T.S.F. On se mit à table. Je mangeais des crevettes. Il y a longtemps que je n’avais goûté à ces bêtes -là.
Il y avait un gigot avec des flageolets, enfin un bon petit repas de famille. Vers 16 heures, on sortit pour prendre l’air , la pluie tombait mais pas froide, pendant que l’on regardait un athlète qui cassait un fer à cheval entre ses mains, la pluie cessa. On continua à se promener jusqu’à la Place Pigalle. Puis on redescendit vers Notre Dame de Lorette, à la rue de Maubeuge. Suzanne nous laissa avec le petit qu’elle prit avec elle.
On alla au tabac, ils jouèrent au jacquet puis à la belotte, on ne joue plus que ça.
Cela nous mena à 20 heures.
J’ai bu deux bocks et un petit verre de Goudron Claquesin*.
Je n’avais jamais goûté à cela.
On rentra pour se mettre à table, on écouta encore un peu la T.S.F .
J’entendis Radiola, vers 23 heures on prit congé de mon neveu et de Suzanne
et l’on alla se coucher.
Dans la nuit il plut.
Clacquesin selon le Quid : “Pharmacien qui créa un « goudron hygiénique », liqueur aromatisée primée à l’Exposition de 1900. Après 1919, liqueur plus légère à base de plantes aromatiques, épices et bourgeons de pins. 22 % vol”.


