Ce matin, seize degrés. Cette fois, le thermomètre fait des folies. Je me suis levé à sept heures, c’est dire qu’il faisait jour depuis longtemps. Mon café dans le four du petit poèle s’était tenu tiède . J’ai eu le temps de vider mes ordures de la semaine et ensuite j’ai fait le ramoneur, puis le sommeiller et vers onze heures, je m’en suis allé chez mon bouif* d’avant guerre m’acheter une paire de brodequins. Nous bûmes l’apéritif et pour mon repas de midi, trois oeufs à la coque, gruyère, trois bananes et me voici sur le point de prendre ma vieille ceinture pour aller voir mon grand frère.
Je suis arrivé à Charonne à trois heures un quart. Ici, le paysage ne change pas. Il reste tel que je l’ai connu il y a vingt ans quand nous allions avec ma mère voir mon frère à Bagnolet. En fait, dans ce coin de Paris, on se sent loin du faubourg Montmartre et autres grandes artères de la capitale.
Eugène m’ a fait faire un tour au Père Lachaise. Nous avons vu le mur des fédérés orné de ses couronnes écarlates. En face Benoit Malon dont je me souviens avoir lu des articles dans l’Intransigeant il y a quelques trente ans, Eugène Pottier, le poète socialiste, un peu plus loin Le Royer et l’autre des cloches de Corneville*, ensuite Victor Noir très impressionnant et celle encore toute fleurie Sarah Bernhard.
Nous n’avons pas tout vu, il fallait rentrer car l’heure s’avançait. Je me suis fait faire ma tête chez Henri et j’ai dormi à Paris. Il avait fait une belle journée d’été autant qu’on puisse le souhaiter.
* Le bouif : nom familier du cordonnier
* Robert Planquette, auteur des Cloches de Corneville. Il possède sa rue à Paris, près de la rue Lepic et de la villa des Platanes, rue où il habitait.


