Hier, c’était le premier dimanche de la fête à Neuilly. Demain je suis encore seul, mon collègue va à l’enterrement d’un neveu âgé de onze mois emporté par les convulsions en faisant ses dents. Il va à Vert [?] dans la région de Mantes en Seine et Oise.
Je me souviens de ce pays où mon père fit dans le commerce de bien malheureux essais, expérience qui ne dura qu’un an et d’où mes parents sortirent meurtris, appauvris.
Ces villages où ils allaient porter son pain après l’avoir fait la nuit, quelle vie, l’hiver 1879, la voiture abandonnée dans la campagne toute recouverte d’une neige comme on n’en vit jamais depuis. Comme je comprends que mon père ne voulait après que l’on n’en causa devant lui de ce pays maudit pour lui, Boinville. A mon âge, je comprends ce qu’il a souffert, peiné et je l’excuse de ses mauvaises humeurs qu’il avait parfois et dont ma mère fut était la première victime. Que n’eût-il écouté ses conseils, ces villages à quinze heures de Paris dans une campagne qui semble isolée du monde. Le croquant, comme on disait alors, dans tout son épanouissement, bondieusard, superstitieux mais rusé, méfiant. Telles étaient ces bourgades : Argeville, Senneville, Boinville, Vert, Arnouville, Jumanville, Goupillères etc … et j’en oublie.
De ce pays, je garde comme souvenir une cicatrice au-dessus du sourcil gauche, mon frère reçut un coup de pied de cheval dans la mâchoire. Ma soeur y fut conçue mais n’y vit pas le jour. De ce pays, on ne s’en alla pas, on s’en sauva, n’en emportant que douleurs et peines et en y laissant de l’argent qui est resté dans les poches des indigènes de cette région.


