On descendit de la gare de l’est jusqu’à la Madeleine au restaurant Lucas où travaillait mon frère Albert.
Ensuite, on prit le tramway, ma mère, ma soeur, mon frère Albert, mon copain qui allait au havre et le maître d’hôtel de chez Lucas qui descendit dans les Batignolles.
Entre temps, le mal de tête s’était mis à me faire souffrir.
A la maison, je ne pus guère manger et je me souviens qu’il y avait du poulet. Le copain du havre coucha à la maison. Le lendemain matin, je le reconduisis à la gare St lazare. Ma soeur travaillait chez une vieille couturière, la mère Coulon elle se nommait je crois. Alors, mon frère me fit part [de ce que] si je voulais aller travailler chez Pierre qui avait pris la maison à mon ex patron Sitter lequel avait pris une autre à pierrefitte. Moi, je ne demandais que de travailler. Je lui répondis favorablement et il fut convenu que le 11 novembre, jour de la St martin, nous irions à Montigny.
Or ce jour arriva . C’était un dimanche, on arriva à la fin de l’après-midi, nous fûmes reçus et comment ! Mon frère Albert était avec moi, nous avion pas mal picolé. Sur le soir, une violente tempête s’éleva. Nous allâmes à Cormeilles car mon frère Albert voulait téléphoner à sa maison qu’il ne rentrerait pas. Je me souviens, le maître d’hôtel que j’avais vu le jour de mon retour lui répondit “qu’est ce qu’il y a ? Le train est arrêté par la neige ? “
De fait, il faisait un vent, ce soir-là, j’avais une pipe à la bouche et il me l’enleva. Sur la route, les petits cailloux vous sautaient au visage, car il ne pleuvait pas. Seuls des nuages couraient éperdus devant la lune alors toute ronde. On passa la nuit à Montigny. Mon frère le lendemain retourna à son travail. Moi, je restais pour me refaire la main, puis je retournais à Clichy. Et il fut convenu avec le patron Pierre que je reviendrais le 20 novembre pour rester alors définitivement. Il me payait 50 francs par mois et en somme, je fus traité comme le fils de la maison et je ne fis rien pour en démériter.
Il est 23 heures. Voici encore quelques mots de plus à mes mémoires. Si je veux arriver à l’époque contemporaine, j’ai encore beaucoup à écrire. Car je n’oublierai rien. Que le destin me garde ma sérénité d’esprit. Qui sait, un écrivain pourra y trouver un jour le canevas d’un roman.



