Sur mon salaire, en sortant de chez le père Durand, je donnais 5 [francs ?] au bureau [de placement].
Elle m’envoyait rue de la Croix Nivert à Grenelle.
Quand j’arrivais, je vis un monsieur habillé tout en noir. C’était le patron dans sa boutique. Je ne pensais pas qu’un oiseau si bien habillé allait passer la nuit avec moi le soir.
Ce fut pourtant ce qui arriva à la première fournée, je n’en finissais plus.
On faisait un peu de pain Café, du seigle, des croissants, du gruau, du complet et d’autre chose dont je ne me souviens plus.
C’était une maison à quatre fournées.
On n’en finissait plus. Enfin, quand j’eus fini le lendemain matin vers 6 heures, il me dit “le fournil a besoin d’être nettoyé”.
Alors là, malgré mon bon caractère, je lui dis que n’ayant pas dormi la veille et restant à Clichy, je désirais aller me reposer.
“Et bien, si vous êtes si pressé que cela de vous en aller, je vais vous payer”.
Je ramassais mes 6,60 et je m’en allais sous la pluie.
Ce matin-là, il pleuvait et c’était froid. Je n’avais ni imperméable ni pardessus. Alors qu’est ce que je pris avant d’arriver à la gare de la ceinture de Grenelle et le même truc recommençait.
Toujours sans boulot. Alors je retourne au bureau.
C’était toujours la même foule. Donc je me voyais encore là pour quelques jours, ce qui arriva.
Enfin, le 24 janvier, la blonde m’envoie rue St Sauveur chez un nommé Schmitt, un alsacien. J’aurais voulu être encore à Montigny.
J’allais avoir 25 ans et l’avenir ne s’annonçait pas brillant pour moi.
Pas le rond dans un milieu de forçats qui ne nourrissait pas son homme et qui a la seule conviction qu’il se crève.
Donc, le 1er février, je prenais ma vieille ceinture avenue de St Ouen et je débarquais à Ménilmontant et gagnais la rue Julien Lacroix.


