
Quelques gouttes de pluies semblaient tomber à regret sur la terre.
Je pensais aux larmes que la tristesse et la douleur nous font tomber des yeux et à côté, dans la chambre toute fleurie de roses, mon neveu attendait dans la pâle clarté de la bougie.
Vers dix heures, deux hommes avec une petite voiture sur laquelle il y avait un cerceuil montaient le raidillon que l’on gravit avant d’arriver à la maison toute blanche.
Ils firent leur douloureux et funèbre travail. Puis l’on déplaçât les couronnes et les fleurs.
Vers 11 heures arrivèrent Etienne et Madame Achard. Peu après, ce fut l’heure du repas et vers 14h30, le prêtre suivi d’enfants de choeur, déboucha vers le petit terre-plein où autrefois l’on dressait joyeusement la table .
Les rites accomplis, quatre porteurs soulevèrent le corbillard et le cortège s’ébranla.
Nous descendîmes la pente suivis de nombreuses personnes. Le ciel s’était couvert, il faisait chaud. Entre une haie de verdure et de fleurs, nous marchions.
Sur le pas des portes des maisons qui se trouvaient sur notre chemin, des hommes, des femmes attendaient pour se joindre au cortège qui descendait presque en file indienne vers la plaine. J’étais à côté d’Etienne. Après quelques pauses pour reposer les porteurs et au bruit des oiseaux qui chantaient dans les feuillages, on atteignit la route de Montoire. Quelques autres s’arrêtèrent ou ralentirent au passage. Bientôt, nous apercevions le clocher effilé de la petite église du hameau de St Quentin. Un drap noir lamé d’argent en recouvrait la façade. Nous entrâmes et la cérémonie commença. Un drap noir, comme à l’extérieur, ceinturait le pourtour de l’intérieur de la petite église. Un harmonium accompagnait la voix des prêtres qui officiaient. A un certain moment, la cloche se mit à sonner. Dans la lumière du jour, la flamme des cierges faisait une tâche jaune. Pater Noster, on brûle l’encens. Le prêtre fait le tour du cercueil en le bénissant et tout à coup, autour de l’église, dans le petit cimetière, les dernières prières dites, nous nous retirons vers la porte où nous aurons en sanglotant de nombreuses mains à serrer.
A présent, c’est fini.
Nous sommes sur la route. Nous remontons lentement le même chemin que nous avons pris tout à l’heure.
Je suis ému à pleurer. Que l’on pense si je le fus ces deux jours.
Etienne, Suzanne et sa mère, après le repas du soir qui fut arrosé d’une averse, repartirent pour Paris. Elle m’avait donné son billet de retour ne pouvant l’utiliser.
Henri Meunier et sa dame étaient aussi douloureusement tristes que nous. Ils s’en retournèrent dans leur auto.
Le soir vint. Un croissant de lune à travers les nuages, puis ce fut la nuit et un grand silence se fit sur la campagne comme c’est l’habitude là-bas.


