Après l’aventure de la Frette pour le conseil de révision, je repris le chemin de Montigny. Le patron Pierre se reposait de plus en plus à présent. Il faisait venir un homme de Paris à présent pour le remplacer et celui-ci restait toujours 15 jours. Moi, ce truc-là ne m’allait pas. Avec lui (Pierre), j’étais tranquille et pas souvent de reproches tandis qu’avec ses remplaçants, ça n’allait jamais.
Sauf un qui fit trois semaines. Sa femme était au Printemps, première de rayon mais cet homme, quoique jeune, était très fatigué. J’ai su après qu’il avait proposé de faire le travail tout seul. Ah que son offre eut été acceptée et moi, je défilais. Quel service sans m’en douter on m’aurait rendu. Mais cela ne devait pas se passer ainsi. C’est un type qui fit comme tant d’autres dans ce métier. Il me desservit aux yeux du patron mais celui-ci savait à quoi s’en tenir. Enfin, autant que je souvienne, le père Pierre qui avait des billet de fond à payer à cette époque et auquel le meunier faisait crédit, aurait pu en mettre un coupe de plus. La maison prospérait mais il faisait comme s’il eut été patron de la maison depuis vingt ans ne devant pas un sou au meunier ni au marchand de bois. Il avait son frère le grand Louis qui venait tous les mois et souvent la femme, les gosses, la grand-mère, la belle mère et tout ce monde buvait, mangeait. Le sergent, chaque fois qu’il venait, prenait une cuite à se traîner à quatre pattes et son frère était heureux de le voir ainsi. C’était stupide.
Un vieux, le père Codron, venait porter l’avoine au cheval le matin. J’avais la consigne de lui payer la goutte. Je lui en versais un demi-verre. Il me disait “tu me l’as mis bonne, Guillot”.


