Alors ce soir, j’ai touché mon billet. L’après-midi, M. Heim était venu me trouver pour m’avertir que ce serait à la fin de la journée. En effet, j’attendais sur le perron tandis qu’autour de moi de nombreux chefs de service attendaient pendant ce temps.
Une procession rouge passait dans la rue en chantant l’Internationale. Ce n’était pas par hasard, encore une farce des communistes, sous le régime actuel, tout leur est permis.
Quand je touchais le billet que me remit M. Oppenheimer*, il me dit : “voici pour vos 25 années de service dans la maison”. Ensuite, je serrais la main de M. Gindre et M. Lonront.
Je suis rentré une demi-heure plus tard suivant les nouvelles dispositions.
*Remplacé en 42 par Jacques Legueu en vertu des lois anti-juives promulguées par l’état français sous régime de Vichy. Legueu sera emprisonné à la libération et condamné à 10 ans de travaux forcés pour sa responsabilité dans la déportation de 9 ouvriers du Carbone.
A lire : “les patrons sous l’occupation” de Renaud de Rochebrune et Jean-Claude Hazera et la chronique de l’Express à ce sujet.
Jacques Legueu est cité dans cet ouvrage.
L’Express sous la plume d’Eric Conan en 1995 relate les faits suivants :
” Le manager sans doute le plus durement sanctionné à la Libération, Jacques Legueu, directeur général de Carbone-Lorraine, paiera d’une condamnation à dix ans de travaux forcés son incapacité à éviter en 1943 une grève de son personnel et sa tragique répression par l’occupant: neuf ouvriers de l’entreprise seront déportés; cinq n’en reviendront pas. “


