En octobre 1896, de grandes fêtes se préparaient à Paris en l’honneur de la visite du tsar Nicolas II et de la tsarine [visite du Tsar Nicolas II à Paris. 5-9 octobre 1896].
Donc il arriva que j’étais libre pour voir ces fêtes.
Mon frère Albert continuait à travailler chez Lucas, Place de la Madeleine et moi, la journée, je me promenais avec Petit qui bricolait dans la maison de sa mère.
Enfin, le grand jour arriva, le 6 octobre 1896.
Nous étions avec Petit à la Porte de Clichy que le canon se mit à tonner.
On en tirait une salve de 101 coups.
On prit le tramway. On arriva à la Place de la Madeleine.
Un mendiant faisait jouer un orgue de Barbarie, il jouait toujours le même air “Pendant que chantait la fauvette”.
On vit mon frère et on alla plusieurs fois chez le Père Legris, le bistrot qui se trouvait à l’angle mais dans le fond. On assista au cortège officiel, le président Félix Faure, le Tsar, les ministres. Certains crièrent “Vive l’empereur ! ” . Enfin je ne sais plus où l’on cassa la croûte.
Il y avait une foule énorme dans le centre de Paris, la rue Royale, les boulevards, le jardin des Tuileries, la place de la Concorde, la rue de la Paix, l’avenue de l’Opéra étaient superbement décorés. On n’a pas égalé depuis pareilles décorations.
Le soir, ce fut une autre affaire.
On voulut aller voir le feu d’artifice dont la pièce principale était sur la Tour Eiffel. On y arriva, une longue suite de voitures attelées était là. Quand le feu d’artifice se mit à pêter, les chevaux eurent peur, il y eut même une certaine panique.
Enfin, on ne vit pas grand chose, on était trop près mais on en avait plein les oreilles.
Alors, il y avait représentation de gala à l’Opéra que les projecteurs de la Tour Eiffel faisaient ressortir en blanc. Mais quelle foule ! A certains moments plus moyen d’aller ni de bouger. Il fallait rester où nous étions.
On attendait la sortie de l’Opéra, Petit et moi. On s’était assis par terre sur le trottoir. Tout à coup, on entendit le pas des chevaux, c’était l’escorte.
“Vive les cuirassiers ! ” cria Petit. Ensuite on s’éloigna de la foule, on cassa la croûte chez un bistro loin de la fête et on rentra à Clichy, à quelle heure je ne sais plus. La journée avait été superbe, un temps d’octobre très doux. Le lendemain, nous étions à l’Hôtel de ville qui était illuminé en plein jour pour la réception du tsar puis ce fut la grande revue de Châlon, puis ce fut fini. Le tsar s’en alla et Paris reprit sa vie habituelle.
Derrière les fastes
Arrivé au pouvoir en 1894, le dernier des Romanov, le tsar Nicolas II contribua largement à organiser de nombreux pogroms, dont celui de Kichinev les 6 et 7 avril 1903. Le 22 janvier 1905, à St Petersbourg, son armée tirera sur une foule de plus de 100 000 ouvriers venus réclamer pacifiquement plus de libertés et de droits civils. Ce Dimanche rouge signera le début de la première révolution russe.
Nicolas II sera assassiné à son tour en 1917 par la Tcheka, police politique bolchévique. L’église orthodoxe canonisera Nicolas II en 2000. Les victimes des pogroms n’ont pas eu droit à autant d’égards.





