décembre 14, 2008 par Isabelle Gautheron
Germaine Berton qui tua Marius Plateau (chef des Camelots du Roil) le 22 janvier dernier comparaît devant ses juges aujourd’hui, ce qui fait onze mois après.
L’affaire n’est pourtant pas mystérieuse.
Elle est banale comme une attaque nocturne.
Quelle justice lente, à quoi bon traîner une année ce qui pourrait être révolu en trois mois. L’accusé est fixé sur son sort et l’affaire est classée, en toutes choses il en est ainsi. On éternise pour le plaisir que ça dure longtemps et quels tas de paperasses doivent représenter toutes ces affaires interminables.
Continuation du temps doux et couvert. Jusqu’ici l’hiver est clément.
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décembre 6, 2008 par Isabelle Gautheron
Il est vingt trois heures, je viens de rentrer. Voici un dimanche comme je n’en remettrais un de longtemps. Non pas que je sois mécontent de l’accueil qui me fut fait, au contraire.
J’ai dormi à Paris l’autre nuit et ce matin, je suis rentré pour être vis à vis avec Eugène qui faisait demi-tour. Quel hasard a voulu que l’on se rencontre si bien. Je lui ai fait casser la croûte et il est reparti vers 10 heures. Je suis retourné à Paris vers midi. En chemin, j’ai rencontré Camus, le marchand de fleurs, et j’ai déjeuné où j’avais couché la veille. J’ai revu Jean et Nonon, ensuite nous sommes allés faire un tour à la fête de Montmartre. Mieux nous avons admiré par un ciel pur le panorama de Paris en haut de la butte au pied de la Basilique.
J’ai dîné et j’ai repris l’autobus et j’arrive. Belle et chaude journée. La ligne 73 est aussi infecte à 23 heures qu’à 18 heures.
Un détail que j’oubliais, nous nous sommes pesés à la fête, Jeanne 50 kg, Nonon 64 kg et moi 70 kg.
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novembre 15, 2008 par Isabelle Gautheron
Il y a vingt neuf ans, il faisait un brouillard épais et glacial.
Il y avait huit jours que j’étais libre et j’allais m’enterrrer dans ce [trou] de Montigny. Ma mère m’y accompagna. Il est vrai que je devais continuer le métier de mitron. Je ne pouvais guère choisir.
Ma mère, à cette époque, avait cinquante quatre ans.
Elle était encore très valide quoiqu’elle n’eut qu’un grand tort dans sa vie, c’est de se faire du mauvais sang quand quelquefois, c’était inutile.
Moi tout heureux d’être quitte du service militaire, je ne pouvais penser que je lui ferais de la peine d’être ainsi éloigné d’elle.
N’ai-je pas moi-même à certains jours, les mêmes sentiments quand j’espère voir venir un être qui m’est cher et qui ne vient pas.
Préciser serait évoquer des jours tout récents.
Laissons les brumes du passé.
Assez belle journée presque froide, baromètre bas. Je crois qu’il pourrait y avoir de la neige. Enfin, on verra bien.
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novembre 14, 2008 par Isabelle Gautheron
Notre chef d’atelier est parti en vacances ; voilà dix huit mois qu’il est là et pour la seconde fois, il prend deux semaines de repos payées bien entendu tandis que nous, il faut attendre trois ans avant d’avoir trois jours et au bout de vingt ans, c’est pareil. Enfin, c’est ainsi. Constatons et c’est tout et faisons des réflexions selon nos tempéraments.
Le temps est resté couvert et la température de saison, que cela dure ainsi. Nous verrons si les produits de saison baissent de prix. Seulement, je pense qu’en cette matière, on ne s’inspire pas de l’adage “Vendre bon marché pour vendre beaucoup”.
Mariage princier à St Pierre de Chaillot. Peut-être à l’encontre de beaucoup de ceux de ma classe, je souhaite beaucoup de bonheur aux nouveaux époux. J’estime que ceux qui se plaisent et qui s’aiment sont aussi heureux sous la chaumière que dans un palais, surtout aux années de la jeunesse. C’est l’âge où l’on voit tout en rose et bien cruels seraient les vieux s’ils troublaient leur rêve enchanté. En attendant, si ça continue, je vais être obligé d’aller laver mon linge. Ce n’est pas que cela me gênerait physiquement parlant. Je l’ai fait autrefois mais enfin, que n’ai-je écouté quelques conseils que l’on me donnait il y a quatre ans. Aujourd’hui, je serais beaucoup plus tranquille.


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novembre 14, 2008 par Isabelle Gautheron
Ce matin, j’étais en train de passer le torchon dans la maison quand on frappe à la porte. C’était Eugène qui s’amenait. Il venait me chercher pour aller déjeuner avec lui, s’étonnant même que je ne sois pas prêt.
Je lui fis remarquer que je ne le pouvais. Il resta à déjeuner avec moi puis vers 14 h 30, nous filions vers la gare du Nord par l’antique tram tramway. De là, on reprit le tramway vers le Boulevard Sébastopol où j’allais chercher un seau que l’on nomme hygiénique. On passa chez Damoy, puis on reprit l’autobus pour aller chez son ancien cuistot établi Rue de Vaugirard au numéro 66 (Maison Meunier). Nous fûmes très bien accueillis. On fit à mon intention une superbe assiette de frites arrosée de picolo. Mais les meilleures choses ont leur fin. Vers 18 heures, il était trop tard pour remonter à Charonne, surtout que je pense que sa femme a du lui chanter quelque chose ce soir. Je le quittais à la rue de Rennes prenant l’autobus. Quel brouhaha que ce Paris et comme j’espère y aller le moins souvent possible. Toutefois, je me dis, puisque je suis à Paris, je vais aller rue Lamartine. Donc, je descendis à Notre Dame de Lorette.
En arrivant, je passais ma tête dans l’embrasure de la porte. Ma soeur était en train de coiffer, Henri de raser. L’une à ma question me dit que je pouvais monter. Je montais et personne, toujours mon seau à la main. J’en avais marre, j’étais énervé. Je repris le chemin de Clichy toujours mon seau à la main. Ce n’est qu’à la Fourche que je pris l’autobus. Et me voici arrivé.
Il était écrit que je coucherai ce soir ici. Il fait très frais ce soir, 10 je crois que la journée d’aujourd’hui qui fut passable est entre deux mauvaises.
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novembre 11, 2008 par Isabelle Gautheron
Tanis, récit d’une vie (Clichy, Paris, Gennevilliers, Montigny-Beauchamp)

Stanislas Guillot, dit Tanis, est né à Asnières en 1872 et mort en 1939.
Son père est boulanger. Il meurt usé par le travail et les infortunes le 28 octobre 1892.
Un de ses deux frères aînés, Albert, restaurateur à Vendôme, meurt à Versailles en 1918 des suites de la guerre.
Sa mère meurt en 1919.
Ouvrier à la Raffinerie Parisienne de St Ouen, puis mitron et ouvrier boulanger à Montigny Beauchamp puis à Paris, il travaillera ensuite au Carbone Lorraine à Gennevilliers.
En 1914, il est mobilisé et part depuis la gare de la petite ceinture de l’avenue de St Ouen pour la Gare de l’est. Il en reviendra meurtri près de cinq ans plus tard et reprendra son emploi au Carbone.
Il tint de 1921 à sa mort en 1939 un journal dont certains passages sont retranscrits ici.
Solitaire et mélancolique, il y évoque les moments heureux de l’enfance sur les fortifs, son amour entier pour Jeanne, la rupture profonde de la guerre, son aversion pour les doctrines politiques du moment.
Ce journal constitue un témoignage singulier sur la vie quotidienne à Clichy, Gennevilliers et Paris entre les deux guerres. Il est aussi prétexte à l’évocation des années avant guerre alors qu’il était “dans la boulange” à Montigny Beauchamp et dans diverses boulangeries parisiennes.
Tanis est mort à la Haute Bergère, à Trôo, près de Montoire.

A sa mort, certains carnets jugés compromettants seront détruits par la soeur de Tanis.
Au-delà du journal, j’ai tenté de reconstituer l’univers qui fut le sien. Je me suis attachée à reconstituer les lieux évoqués par Tanis comme par exemple :
◊Le carrefour Chateaudun et le 44 de la rue lamartine où officiait Henri, coiffeur de lorettes et demi-mondaines et inventeur de la lotion Henri.
◊Le restaurant du Carrefour de Chateaudun tenu par Monsieur et Madame Meunier, amis d’Angèle et d’ Henri, les restaurants Chez Lucas, le Bouillon Duval de la Place de Clichy où travaille Eugène, frère ainé de Tanis
◊Les fortifs et les bonheurs des enfants de la zone
◊La gare de l’avenue de St Ouen de laquelle Tanis partit en 1914 pour ne revenir que 5 ans plus tard…
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août 21, 2008 par Isabelle Gautheron
Il y a trente cinq ans Boulanger était élu à Paris. Jamais l’on ne vit débauche d’affiches et d’imprimés comme à cette élection. Ce fut l’apogée du général.
Dons je suis rentré ce matin, Henri m’a fait ma tête. Il faut reconnaitre qu’il sait y faire au poil mieux que Paul qui à part cela est un charmant garçon. J’ai vu Claude. Il y a toujours des verres de commandés chez les bistrots. Heureux buveurs.
Le soir, on a causé politique, sans se passionner du reste. Quoique nous disions, nous ne changerons rien à la situation.
Ce matin, j’ai vu Camus qui revenait des Halles avec des caisses de violettes. Je lui en ai acheté un pour Jeanne si elle vient cet après-midi.
Ensuite nous avons pris un petit blanc. Impossible que le temps se mette au sec, le ciel se couvre et le baromètre très élevé a légèrement baissé. Ce matin 0 et un peu de pluie l’après-midi. Eugène est venu vers trois heures, ensuite Jeanne qui a commencé à marquer ma lingerie rejointe par Albert qui m’a dévoré une boîte de sardines. A six heures un quart, ils sont repartis et ensuite j’ai payé mon petit fût à Madame Viargues.
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août 21, 2008 par Isabelle Gautheron

Lénine est mort.
Le dictateur communiste de Russie était agé de cinquante trois ans.
Qui lui succèdera ?
On le saura dans quelques jours. Car le régime actuel russe, à ce point de vue-là, a assez de ressemblance avec l’ancien.
Dans les démocraties, l’homme qui s’en va est remplacé par un autre et c’est tout. On ne connait pas les idoles.
Aujourd’hui plus frais. Est-ce sérieux ? C’est pas facile de répondre.
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août 21, 2008 par Isabelle Gautheron
Il y aura aujourd’hui vingt deux ans j’ai assisté à la messe. C’est peut-être la seule fois où je me suis dérangé pour assister à semblable cérémonie.
C’était les vignerons du pays qui la faisaient dire et c’est moi qui avait fait la brioche pour le pain béni. En sortant, on alla en face boire le coup comme l’on dit maintenant. Ce sont de lointains souvenirs. Peut-être aujourd’hui pour ceux qui étaient présents ce jour-là suis-je le seul à y penser, un regret pour le passé.
Le temps continue très doux assez beau, mon collègue avait apporté une bouteille de vin blanc ce matin et c’est ainsi que j’ai pensé à St Vincent tout en travaillant. Nous avons passé une agréable journée.
En Angleterre, le ministère est renversé comme c’était prévu. Ici, l’exportation du beurre est interdite jusqu’au 15 avril, les cheminots anglais sont en grève. Les Anglais vont connaître les douceurs de leur nouveau régime politique.
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août 21, 2008 par Isabelle Gautheron
L’aurore fut étincelante, du jaune, du rose se reflétaient sur les nuages.
Malgré cela, il ne plut pas et ce soir la lune est noyée dans les brumes élevées.
J’ai fait quelques brioches. Jeanne est venue. Elle en a emporté deux.
Ce fut la seule visite de la journée mais combien préférée.
J’ai écrit à mon ancien collègue malade à Brivannes et à présent, craignant de recevoir des cataractes célestes demain matin, je vais aller me reposer.
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août 21, 2008 par Isabelle Gautheron

- Le dirigeable Dixmude 1923
La catastrophe du ballon* (Dimanche) est éclipsée par la crue de la Seine et les inondations qui en découlent. Pour le premier comme pour la seconde, c’est la faute des déplorables circonstances atmosphériques que nous subissons depuis assez longtemps.
Il semble que pour ces évènements qui nous surprennent, on s’en remette à la fatalité. Alors que des esprits éclairés ont préconisé des remèdes dont on n’a voulu faire usage sérieusement.
Alors, c’est comme la guerre. Cela revient périodiquement au hasard des années. Ainsi, allons nous surtout là où l’on oublie facilement le passé pour ne songer qu’aux jouissances du présent.
Ce matin forte gelée blanche, journée brumeuse et froide. Le baromètre continue à la hausse mais lentement. Qui aura raison ? : la gelée blanche qui annonce la pluie ou l’instrument qui prévoit le beau temps ?
La catastrophe du Dixmude (23 décembre 1923)
Le Dixmude était un dirigeable Zeppelin LZ114, le plus grand dirigeable au monde pour l’époque. Construit en 1917, il arrive en France le 9 juillet 1920. L’appareil et son équipage disparut dans une tempête le 23 Décembre 1923 au large de la Sicile à Sciacca, touché par la foudre. Cette catastrophe fit 50 victimes dont 14 officiers. Seul le corps du Lieutenant de Vaisseau, Jean du Plessis de Grenedan*, Commandant le Dixmude, fut retrouvé par un pêcheur le 28 décembre.
Le Petit Journal du 6 janvier 1924 titre sur “l’agonie du Dixmude” dirigeable.
L’illustration n° 4218, 5 janvier 1924 “L’état-major et l’équipage du Dixmude” (article de 3 pages sur la perte du dirigeable, 4 photographies, une carte)
Biblio, webographie
Site sur les aéroplanes et dirigeables
Historique des Zeppelin

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juin 15, 2008 par Isabelle Gautheron
J’ai pour compagnon un type que les bolcheviks de son hôtel ont complètement endoctriné. Il se plaint qu’il ne gagne pas même assez pour manger, est plein de tendresse pour les Allemands. A part cela, il m’a confié que sa pension, il voulait chaque année la mettre de côté pour plus tard. Si ce sont ses idées rouges qui triomphent dans quelques années, que vaudront les paperasses qu’il aura mis de côté ? Elles ne pourront avoir de valeur que si le gouvernement et l’état social sont sains. Autrement ses papiers vaudront ce que valent les russes actuellement, c’est à dire rien.
Journée d’hier petite gelée ce matin, vent du nord, est-ce durable ?
Publié dans 1923, Carbone Lorraine | Laisser un commentaire »
juin 15, 2008 par Isabelle Gautheron
Hier, on a téléphoné de Londres à New-York sans fil.
Ainsi les Anglais purent savoir qu’une violente tempête de neige survenait là-bas.
C’est merveilleux.
Je crois que Jules Verne n’avait pas imaginé cela.
Il a encore plu ce matin et ce soir il fait plus frais et plus sec.
Publié dans 1923 | Taggé téléphone | Laisser un commentaire »
juin 15, 2008 par Isabelle Gautheron
Ce matin, j’ai travaillé jusqu’à midi. Bien entendu pour avoir le tramway à midi, faudrait faire comme certains gosses, monter sur les tampons derrière. J’ai passé l’âge de ce genre de sport. Aussi suis-je revenu à pied.
Il faisait beau pas trop froid.
Encore un décès dans la maison, un petit de cinq ans chez l’épicier au-dessous de moi. Il est toujours pénible de voir les petits êtres s’en aller si jeunes. La mort frappe indistinctement, elle est aveugle . La mère venait d’en avoir un autre. L’ainé s’enfuit. Quelle déception pour les pauvres père et mère. La vie est cruelle pour certains et qu’y pouvons-nous ? Rien. Il faut subir la fatalité inexorable.
Ce soir je ne suis pas sorti. Je ne le pouvais pas étant à moitié grippé comme d’autres. Je veux éviter tout risque qui pourrait me clouer au lit. Je souhaite que le destin m’évite cette calamité. Le baromètre monte et le vent vient du nord, faible, je crois qu’il gèlera cette nuit.
Publié dans 1923, Clichy | Laisser un commentaire »
juin 15, 2008 par Isabelle Gautheron
Dimanche dernier, les travailleurs communaux se sont réunis. Ils demandent la semaine anglaise de 44 heures et de plus des indemnités pour leur loyer et leurs charges de familles, un mois par an de congé payé bien entendu. Je ne trouve pas étonnant que le maire bolchevik de St Ouen ait trouvé qu’ils allaient un peu fort.
Que voulez-vous, à prêcher la surenchère, on trouve toujours plus fort que soi. A ce compte-là, pas besoin d’avoir des rentes. Il suffit d’être travailleur municipal. Ceux qui payent pour cela et qui se plaignent de leurs contributions devraient tout au moins être fiers de voir leur argent si bien employé. Encore un peu et les places municipales s’achèteront comme les logements.
Assez belle journée fraîche et venteuse.
Publié dans 1923, St Ouen | Laisser un commentaire »
juin 14, 2008 par Isabelle Gautheron
J’ai travaillé ce matin ce qui me fait 53 heures pour ma semaine.
Les travailleurs municipaux qui viennent de se réconcilier avec le maire bolchevik de St Ouen eux font huit heures par jour avec la semaine anglaise, ce qui fait 44 heures de travail effectif. Ils ont raison car parmi ceux qui payent les contributions pour assurer leurs appointements, il y en a qui font dix et douze heures tous les jours jamais leur boutique ne ferme et je suis sûr que certains lisent un journal avancé tout comme le travailleur municipal.
Publié dans 1922, St Ouen | Laisser un commentaire »
juin 14, 2008 par Isabelle Gautheron
Cet après-midi, j’ai serré la main à nos patrons et j’ai reçu mes petites étrennes.
Je n’ai jamais tant touché qu’à présent de la part de mes patrons cela s’entend, d’autre part c’est encore plus minime.
Publié dans 1922, Carbone Lorraine | Laisser un commentaire »
juin 14, 2008 par Isabelle Gautheron
Le vent souffle en tempête ce soir comme hier et la pluie tombe tandis qu’un chat miaule et que le baromètre baisse de plus en plus. C’est le mauvais temps dans toute sa splendeur.
Nos chefs aujourd’hui ont touché leur mois double ainsi que ceux qui sont payés au mois.
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juin 14, 2008 par Isabelle Gautheron
Ce soir, une lettre de mon frère aîné sous la porte.
Pourquoi n’est-il pas venu dimanche ? A présent, il a tout son temps. Pense-t-il que je vais entretenir une correspondance avec lui ?
Le jour de l’an se passera comme les autres années. Si le destin veut qu’il en soit ainsi. Or il m’est bien difficile de concilier leur présence puisque Henri ne tient pas à le voir. Sans sortir de la famille, on se trouve en présence de faits où malgré toute la meilleure volonté de vouloir arranger les choses, on bute sur des volontés inflexibles. Comment veut-on qu’entre les nations il n’en soit pas ainsi ?
Et voilà comment naissent les querelles, disputes où le suprème argument est la loi du plus fort. Jésus il y a longtemps a dit “Aimez-vous les uns les autres”. Pourquoi les hommes n’ont-ils pas cette maxime à chaque instant de la vie devant les yeux, parce que les sentiments de bonté, d’indulgence, d’amour restent écrasés et inopérants devant le caractère des hommes. Toujours le mal se dressera contre le bien, la haine contre l’amour, constatons ces choses et souhaitons qu’une éducation supérieure rendra les hommes meilleurs.
Publié dans 1922, Eugène Guillot | Laisser un commentaire »
juin 13, 2008 par Isabelle Gautheron
Le temps reste doux et couvert à part quelques éclairices toutefois il me semble que nous inclinons plutôt vers le mauvais temps.
Dans la nuit de samedi à dimanche, un cyclone a ravagé une partie des environs sud de Paris.
Le grand évènement du jour dont beaucoup causaient c’est la défaite de Carpentier le boxeur.
C’est bizarre comme tout ce qui est force, brutalité, lutte, a d’influence sur la plupart des êtres humains. En un quart d’heure, les deux boxeurs ont gagné des centaines de mille francs que la foule qui les regardait leur a payé.
Au stade Buffalo de Montrouge, devant 40 000 spectateurs, Georges Charpentier, le boxeur idole de Liévin, perd contre Battling Siki, Mbarick Fall de son nom civil, boxeur noir de St Louis du Sénégal. Champion du monde de boxe, exilé aux Etats-Unis, ce dernier meurt assassiné à Harlem en 1925.
Publié dans 1922 | Taggé "Mbarick Fall", Charpentier Siki | Laisser un commentaire »
juin 13, 2008 par Isabelle Gautheron
Encore une journée sombre. Les simples disent “il va tomber de la neige”. Certes, le froid s’est accentué tandis que le baromètre devient très élevé. Tout ce que l’on peut dire, c’est qu’il ne pleuvra pas au moins avant quelques jours.
Il y a vingt neuf ans, j’arrivais à Nancy, quartier Ste Catherine. Je n’étais pas plus fier pour ça et je me disais que j’étais mieux dans mon fournil.
Publié dans 1893, 1922, Nancy | Taggé Nancy régiment | Laisser un commentaire »
juin 13, 2008 par Isabelle Gautheron
Il y a quatre ans, c’était la fin de la guerre. Il fallut beaucoup de temps pour y arriver ; il en faudra davantage pour revenir à une situation économique normale.
Et il y a vingt huit ans aujourd’hui que nous allions voir Pierre avec mon frère à Montigny. Ce soir-là une tempête violente soufflait. En allant téléphoner à Cormeilles, le vent emporta ma pipe. Il y avait trois jours que j’étais libéré. Fort heureusement, je n’avais fait qu’un an. Je ne pensais pas à cette époque que plus tard, je referais presque cinq ans.
Heureux temps où je vivais sans souci. Heureux de travailler en fumant ma pipe me laissant aller doucement au fil des années comme ces petites branches qui descendent les cours d’eau indifférentes à ce qui se passe sur les bords de la rivière.
Je suis allé à Paris. J’y étais vers dix neuf heures. A ma grande surprise, Henri était déjà fermé. je montais doucement, frappais, on ouvrit. La table était mise, je suis rarement arrivé aussi juste pour me mettre à table, j’en étais intimidé. M. et Mme Collier que j’avais déjà vus il y a pas mal de temps étaient invités. Après le dîner, mon neveu égaya la soirée en jouant du violon, ce dont il s’acquitte très bien, il fut vivement félicité par les invités. Moi j’aurais pu un autre jour chanter mais hier soir ma voix était fêlée. Je rentrais ce matin ; devant la maison Eugène m’attendait. Il déjeuna ce matin et nous causâmes. Ensuite l’après-midi, vers trois heures au moment où je me préparais à m’allonger dans mon fauteuil, pan-pan à la porte. J’ouvrais et c’était Jeanne. Elle fut bienvenue, répara une poche de mon gros pardessus. Je lui fis prendre un bouillon concentré avec un petit coup de blanc et la reconduisis un peu. Dans l’après-midi un dirigeable s’est baladé sur Clichy. Je me suis appliqué une [...] pour enfin soigner cette grippe.
Publié dans 1922, Clichy, Montigny-Beauchamp, Paris | Taggé Clichy, Dirigeable, Guerre_14-18, Montigny-les-Cormeilles | 1 commentaire »
juin 13, 2008 par Isabelle Gautheron
Le Sénat a commencé la discussion de la loi qui doit accorder le droit de vote aux femmes. De nombreux pays nous ont devancés et il serait extraordinaire que la République refuse aux femmes ce que les monarchies ont accordé. Puisque les hommes ne veulent plus voter, témoin les nombreuses abstentions qu’il y a à chaque élection, les femmes elles voteront et nul doute que leur influence ne se fasse sentir dans un temps qui n’est pas très éloigné.
Belle journée de pluie et le coryza continue.
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juin 13, 2008 par Isabelle Gautheron
Ce matin, Eugène est venu vers huit heures. Le mauvais temps avait cessé.
Après le déjeuner, nous sortîmes pour aller à Pantin sur la tombe de notre mère.
Nous prîmes le train tramway que nous connaissons depuis si longtemps pour la gare du Nord.
Il était 11 heures 33 au départ et vers midi à la gare du Nord, ensuite le tramway jusqu’à la porte d’Allemagne, et puis encore le tramway jusqu’au cimetière.
Que de détours pour aller à huit kilomètres d’ici, de temps et d’argent dépensé.
Ce sont les commodités de la banlieue parisienne.
Heureusement le temps fut passable, les feuilles mortes gisent aux pieds des arbres dénudés. De nombreuses personnes allaient et venaient portant un souvenir à ceux qui ne sont plus.
O morts pitoyables
Pas un de ceux qui passent ici
Ne se souviennent de vous
Mais les arbres eux n'oublient pas
Leur ramure espacée
S'étend avec tristesse au-dessus de vous
Un rayon de soleil parfois glissant entre des nuages gris. Tandis que dans les environs des sifflets stridents appelaient les ouvriers à leur travail. Nous reprîmes le chemin du retour. Je laissai mon frère aller se reposer tandis que je m’en allais vers Clichy où j’arrivai vers trois heures.
Le soir j’étais de nouveau à Paris chez Henri où je me fis faire ma tête. Nous dinions ensemble, Albert fit un peu de violon, on discuta un peu puis l’on alla dormir.
Publié dans 1922, Clichy, Pantin | Taggé Gare_Du_Nord Clichy Tramway Pantin | Laisser un commentaire »
juin 13, 2008 par Isabelle Gautheron
Il y avait longtemps que nous n’avions pas travaillé un samedi. Aussi, hier soir, ayant fait quelques courses, je ne me suis pas senti en train de rédiger mon journal.
Les cornes de la lune étaient bien émoussées ; de plus elle se montrait entourée d’un halo.
Ce matin, il a neigé une demi-heure et ensuite ce fut une pluie froide durant la journée.
Il y a 12 degrés de baisse depuis hier soir. Je pense que la température va devenir plus clémente.
Aucune visite, pas même Jeanne. Et ce soir, vers 17 heures, il faisait nuit.
Aujourd’hui 30ème anniversaire de la mort de mon père. Les années vont vite, les feuilles tombent encore une fois, les nuits deviennent longues. Si le cauchemar de la guerre est passé, il reste celui de l’incertitude des jours futurs.
Publié dans 1922 | Taggé 14-18 | Laisser un commentaire »
juin 13, 2008 par Isabelle Gautheron
Un journal parisien annonce que l’on a aperçu de nombreux vols d’oies sauvages.
Les campagnards en déduisent que nous aurons un hiver rigoureux. Au mois de Juillet, nos marins du littoral de la manche aperçurent un grand nombre de pieuvres.
Il paraît que c’est encore l’indice d’un hiver rigoureux. Certes l’été qui vient de se terminer fut moins chaud que les précédents.
En mai, nous eûmes au maximum 34 ° à l’ombre et pourtant les mois qui suivirent n’en furent guère influencés comme on aurait pu le penser.
En ce mois d’octobre, depuis une semaine, nous avons une température hivernale sans gelée ni glace pourtant. Nous sommes dans un régime de pressions stables, c’est à dire que le baromètre sans être très élevé est presqe immobile. Combien de temps durera ce régime, ce calme atmosphérique ? Tout est là.
N’en déplaisent à ceux qui se basent sur les oies sauvages, les pieuvres et autres indices, je ne hasarderai aucun pronostic pour l’hiver qui vient.
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avril 20, 2008 par Isabelle Gautheron
[Mémoires 1895]
“Cette année-là, l’hiver fut rigoureux . Après une accalmie dans la première quinzaine de janvier vers la fin de ce mois, la gelée reprit sec et implacable si bien que le mois de février se passa sans que le thermomètre monta au-dessus de 0 sur un seul jour. Les gelées qui durent longtemps sont comme les sécheresses de certains étés. Du reste, au point de vue météorologique, n’est ce pas le même régime atmosphérique ? Ce fut la disette d’eau, nous avions une citerne alimentée par l’eau de l’Oise mais les conduites vinrent à geler et ce fut pour moi une corvée qui était même dangereuse.
J’allais dans le chateau du docteur Dehart en face, il y avait une petite source et dans le jardin de la mère Bayot une vaste citerne fermée par une plaque comme en ont les égoûts. Un faux pas et en faisant piquer une tête au seau que j’avais au bout d’une ficelle pour remplir les miens j’étais noyé sans espoir d’être sauvé et cela sous une bise glaciale mais quelle belle vue on avait sur la vallée de la Seine que l’on dominait comme si l’on eut été au sommet d’un clocher.
Au début du mois de mars vinrent de violentes giboulées qui recouvrirent la terre de neige. C’est par un dimanche neigeux que mon frère Albert avec un de ses amis étant venus en vélo se perdirent dans la nuit mais enfin finirent par trouver la maison où on leur fit bon accueil.
Mon frère venait me voir à peu près tous les mois. Ah comme je le connaissais le bruit des grelots de la bicyclette quand elle s’approchait de la petite portte qui donnait sur la demi-lune ombragée de cinq marronniers.
Ce fut un peu plus tard que mon frère avec son ami Petit vint pour louer une maison de campagne pour son patron je crois. Ah quelle journée ! Je ne dormis pas, on fit un repas bien soigné à la Frette chez le père Bataille. C’est le seul jour de ma vie où Petit me fit monter derrière lui sur sa bicyclette. je me tenais comme je pouvais.
On traversa ainsi tout le pays qui n’était qu’un hameau en ce temps-là.
Tout d’un côté, rien de l’autre disait-on en parlant de la Frette. En effet, le pays s’allongeait tout le long de la route qui suit la Seine. A cette époque, il était charmant et pittoresque surtout en avril quand tous les lilas dont il était dominé étaient en fleurs.
On fit une partie de canot.
Pendant que nous étions sur la Seine, une violente averse ponctuée d’un coup de tonnerre nous surpris.
Nous allâmes jusqu’à Conflans Sainte Honorine.
On alla chez un bistro mais là, ce n’était pas le père Bataille.
Il nous mit à la porte, nous avions peut-être des torts, je crois que c’est Petit qui avait fait des farces.
Enfin, on rentra pour faire le levain, le père Pierre commençait à roupiller mais tout s’arrangea. Il n’y eut que moi qui souffrit la nuit de n’avoir pas dormi le jour. “
Publié dans 1895, La Frette, Montigny-Beauchamp | Laisser un commentaire »
avril 17, 2008 par Isabelle Gautheron
Le lit est fait. Si je n’ai pas vu la première hirondelle, j’ai aperçu la première punaise.
Le temps semble vouloir s’améliorer et le baromètre a haussé de 6 mm. En somme, il ne fera pas si mauvais temps. C’est Jeanne qui va faire la cuisine. Et dire qu’il y a quelque trente ans, je l’ai entendue critiquée par ceux-là même qui ont pris des femmes qui certainement ne la valaient pas. Elle sait tout faire dans le ménage. J’ai même entendu des critiques sur sa santé mais ceux-là ne sont plus non plus. Alors voilà comment on délaisse le mérite. Je ne sais rien de son passé. Je ne l’ai jamais interrogé là-dessus . Je n’ai pas l’habitude de confesser qui que ce soit aimant moi-même à garder ce que je sais pour moi. Il se peut qu’elle ait eu une déception étant jeune. Il y a des souvenirs qu’il vaut mieux laisser dormir. Surtout à présent où dans notre vie il y a plus de passé que d’avenir.
J’ai pris l’autobus au coin du Boulevard de Lorraine et j’étais rue Lamartine vers 12 heures 30.
Le petit neveu Michel était là, il court tout seul. Il y avait la grand-mère. Albert était là aussi ainsi que la mère à Georges qui est venu peu après. On écoutait la T.S.F. On se mit à table. Je mangeais des crevettes. Il y a longtemps que je n’avais goûté à ces bêtes -là.
Il y avait un gigot avec des flageolets, enfin un bon petit repas de famille. Vers 16 heures, on sortit pour prendre l’air , la pluie tombait mais pas froide, pendant que l’on regardait un athlète qui cassait un fer à cheval entre ses mains, la pluie cessa. On continua à se promener jusqu’à la Place Pigalle. Puis on redescendit vers Notre Dame de Lorette, à la rue de Maubeuge. Suzanne nous laissa avec le petit qu’elle prit avec elle.
On alla au tabac, ils jouèrent au jacquet puis à la belotte, on ne joue plus que ça.
Cela nous mena à 20 heures.
J’ai bu deux bocks et un petit verre de Goudron Claquesin*.
Je n’avais jamais goûté à cela.
On rentra pour se mettre à table, on écouta encore un peu la T.S.F .
J’entendis Radiola, vers 23 heures on prit congé de mon neveu et de Suzanne
et l’on alla se coucher.
Dans la nuit il plut.
Clacquesin selon le Quid : “Pharmacien qui créa un « goudron hygiénique », liqueur aromatisée primée à l’Exposition de 1900. Après 1919, liqueur plus légère à base de plantes aromatiques, épices et bourgeons de pins. 22 % vol”.
Publié dans 1932 | Taggé Goudron-Clacquesin, Jacquet, Jacquet Belotte | Laisser un commentaire »
avril 17, 2008 par Isabelle Gautheron
Je me suis levé à 6 heures et j’ai allumé mon gros poèle et fais mon café.
Minimum ce matin zéro, ciel clair et vent faible. Je vais tâcher d’avoir l’heure si Radiola fait toujours sa petite émission du matin au poste de Clichy. Il est en train de faire son cours de culture de physique. Je vais donner un coup de balai par ici et ensuite on ira chercher le journal. Je suis curieux d’être à ce soir.
Je suis parti à 9 heures, j’ai pris le 73 jusqu’à la mairie de St Ouen. Là vers 9h30, j’ai repris le 66 et je suis descendu au Chateau Rouge. J’ai consulté un plan le long d’un mur et j’ai vu où se tenait l’hôpital Lariboisière. Du reste, il est assez vaste. Je suis rentré et je me suis renseigné pour trouver la salle Grisolle. Elle se trouve un peu au fond au deuxième. Seulement, ce sont des étages qui comptent pour deux; il y a trente huit marches mais deux paliers pour se reposer. En somme, cela vaut un quatrième d’un immeuble ordinaire. Là, une jeune femme attendait son mari ; elle avait apporté son pardessus. Son stage à l’hôpital était terminé. Des infirmières, blanches comme des colombes, allaient, venaient, sortaient, montaient, descendaient.
Il était 10 heures quand j’étais rentré. Je dis à la surveillante ce qui m’amenait. Elle me dit qu’elle était au courant. Elle m’offrit une chaise pour m’asseoir.
Je lus mon journal d’un bout à l’autre, quand à 11heures trente, j’aperçus mon docteur. Il montait les escaliers. Il me salua. Il n’était plus au courant. Je lui rappelais que c’était pour la radio.
Il me fit dévêtir dans son local, m’ausculta, il me dit “on va vous faire une prise de sang”. Alors il vint un jeune homme qui me regarda les veines au dessus du coude, il choisit le bras droit, m’enfonça une aiguille qui était terminée par de petits tubes en spirales, me fit marcher le poignet et remplit un tube de sang. Ensuite, la main en l’air, je restais pour cicatriser la piqûre. Il me demanda mon nom, prénoms, à celui-ci, il fit la réflexion, Nancy. Je lui dis que je connaissais ayant été au 26ème . Alors le médecin me dit “vous viendrez me voir vendredi prochain 1er avril. C’est un médecin qui fume. A ce moment, il était près de midi. Il faisait un temps superbe. D’où j’étais, j’avais la vue sur le côté sud de la Butte Montmartre. Le Sacré-coeur dans son style byzantin sous le soleil éclatant semblait être en orient sous son beau ciel bleu. Un peu sur la gauche, les bâtiments des réservoirs de Montmartre, blancs aussi. En jetant les yeux en bas, je voyais des malades au soleil en capotes bleus sombres, un bonnet blanc sur la tête tandis que des infirmières trottinaient comme des petites souris blanches.
Enfin, quand je sortis de l’hôpital, il était presque midi. Je me dis j’ai le temps d’aller à Gennevilliers mais tu te passeras de déjeuner.
J’avisais un 34 qui passait pour la Porte Clichy. Quatre me dit la receveuse. A la Porte, je pris le 39 pour Gennevilliers. J’eus encore le temps de prendre un café comme je fais le matin chez Francine. Et je fis mon après-midi. Le gros était heureux de me revoir. En cette journée mémorable, j’avais dépensé 15 tickets. Et maintenant, il va être 19 heures. Cela fait 24 heures que je n’ai rien mangé. Je ne m’en sens pas plus mal.
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avril 12, 2008 par Isabelle Gautheron
Eugène est passé ce matin.
Il a remis à l’épicier l’almanach Hachette dont je lui avais causé dimanche.

C’est un geste que je saurai apprécier et récompenser.
Il a plu vers six heures si bien que tout est encore mouillé.
Cette humidité glaciale est très préjudiciable pour la santé générale.
Il serait grand temps que le gouvernement prenne de sérieuses mesures contre les spéculateurs intermédiaires qui font monter le prix des denrées. Autrement, il pourrait y avoir des troubles sérieux.
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avril 12, 2008 par Isabelle Gautheron
Aujourd’hui mon frère Eugène a 57 ans, voyons voir quel jour était-ce en l’an de grâce 1866 ?
Si c’était en 1866, c’était un vendredi comme cette année. En ce cas, ce serait l’année suivante 1867.
Quand je le verrai, je lui demanderai, je ne suis pas sûr de la date exacte.
Journée de décembre très sombre et froide, nous avons encore de la pluie.
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avril 12, 2008 par Isabelle Gautheron
Le vent est revenu au N.O. Ce matin il faisait meilleur qu’hier.
Nous descendions avec Jeanne à Troô jusque chez le boucher, boulanger. Albert nous avait devancé.
Lui, il fallait qu’il joue du violon à la messe et vers une heure et demi, nous étions à la gare attendant Henri et Angèle.
Il y avait pas mal de bagages, je pris un panier et je montais avec, les laissant en arrière.
S’il faisait de l’air, le soleil était encore chaud. L’on déjeuna en famille et je crois même que le soir, on se coucha plus tôt que les autres jours.
Publié dans 1923 | Taggé Trôo Haute-Bergère | Laisser un commentaire »
avril 12, 2008 par Isabelle Gautheron
Après une journée digne des pays tropicaux, où l’on se cache du soleil, il fut convenu qu’à l’heure où l’astre brûlant descendrait vers l’horizon, on irait à la pêche aux écrevisses.
Albert avait pris les devants, je n’étais pas très enthousiasmé d ’y aller.
Toutefois, Jeanne me décida et vers sept heures, nous étions sur le plateau qui domine la vallée du Loir pour redescendre ensuite dans la vallée où coule le ruisseau aux écrevisses.
Nous arrivâmes quand on ne nous attendait plus. Malgré la chaleur du jour, il faisait presque frais assis sur l’herbe bien ombragée par de nombreux arbres. Nous étions dans une clairière ; on but et on cassa la croûte. J’assistais à cette pêche que je n’avais jamais vue. Je sus que c’était que des balances car au retour j’en portais sept. Il ne faisait pas noir mais pas très clair non plus.
Nous étions une bande assez joyeuse et vers onze heures, on était dans la cave du Père Gauthier en train de chanter en dégustant le vin blanc du pays. Quand nous arrivâmes à la Haute Bergère minuit sonnait à un château voisin. Et voici comment je sais comment on prend les écrevisses.
Publié dans 1923 | Taggé Trôo Haute-Bergère écrevisse | Laisser un commentaire »
avril 12, 2008 par Isabelle Gautheron
Ce matin il faisait moins sombre que les jours précédents et de plus il faisait doux.
Quel contraste avec ces jours derniers qui nous faisaient penser à l’hiver !
Je suis allé à Paris où j’ai fait quelques emplettes indispensables. J’ai constaté qu’au lieu de baisser tous les tissus étaient à la hausse. Il y en a peut-être qui s’en étonnent, moi non, il n’y a pas de baisse à attendre des produits manufacturés. Inutile d’en exposer les causes, à part la crise des changes je les connais puisque moi-même je suis manufacturier.
Je suis revenu par les tramways jusqu’à la porte Clignancourt, puis à l’ancienne porte de la rue du Poteau, j’ai pris l’autre pour la mairie de St Ouen, puis enfin ma célèbre ligne 73. J’étais rentré vers onze heures et demi. J’ai déjeuné ensuite, ai fait la sieste à laquelle la première chaude journée m’invitait. ET ensuite quelques courses, bricolage habituel à la maison et je suis encore aussi fatigué qu’hier soir. Malgré l’heure avancée, ce soir le boulevard est animé, on chante, c’est la St Jean.
Des papillons de nuit volent autour de ma lampe tandis que la lune qui suit Jupiter verse sur nous sa lumière qui me semble juste faire des ombres. Allons nous reposer. Dans quelques heures, le jour va renaître.
Publié dans 1923, St Ouen | Taggé bus Mairie de St Ouen | Laisser un commentaire »
avril 12, 2008 par Isabelle Gautheron
La semaine est terminée, il faut que demain je m’achète quelques chemises et autres lingeries.
Je suis de mauvaise humeur contre la blanchisseuse qui me doit du linge de trois semaines. Je pourrais me fâcher mais enfin, c’est de ma faute puisque tous me laissent tomber.
Il ne me reste qu’un seul moyen de changer ma situation, c’est de chercher quelqu’un pour faire le ménage et tout ce qui s’en suit.
J’en ai marre comme dit la chanson. Le temps s’est radouci mais le soleil reste voilé.
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avril 12, 2008 par Isabelle Gautheron
Journée fertile en évènements pour ceux qui me touchent bien entendu.
Moi et mon collègue, nous avions décidé de demander une légère augmentation, 0,10 par heure ce qui n’est pas exagéré par ces temps où la paire de chaussettes que l’on payait treize sous en 1914 vaut 4 francs à présent.
Nous n’avons réussi qu’à moitié. Moi, j’ai deux sous, lui en a un.
Décidement, il vaut mieux être avec les exaltés que de faire partie des gens raisonnables. C’est toute la moralité que je tire de notre réclamation et elle n’est pas perdue.
En rentrant ce soir, j’ai trouvé sous la porte une lettre de faire-part. Le petit jeune homme qui restait au troisième de la maison avec ses parents est décédé ce matin à huit heures. Cérémonie demain au temple à 16heures ½. Je ne pourrai y aller. Depuis le 1er janvier 1922, cela fait trois enfants qui meurent dans la maison et le propriétaire l’an dernier, ce qui fait quatre.
Le volcan Etna en Sicile est en irruption. Les anglais en grand secret viennent de lancer le plus grand sous-marin qui ait été construit.
L’Allemagne est à la veille de la faillite. Notre franc vaut 0,32 à New-York, 0,34 à Londres Genève, 0,43 à Barcelone.
En Bulgarie, les militaristes ont réussi leur coup d’état, ce qui veut dire qu’une fois de plus la bestialité humaine est triomphante.
Publié dans 1923 | Taggé Carbonne-Lorraine | Laisser un commentaire »
avril 12, 2008 par Isabelle Gautheron
Ce matin, la journée a bien débuté.
Après avoir été réveillé par la pluie survenue vers deux heures, j’ai saigné du nez convenablement comme quand j’étais enfant. Encore un peu et cet incident me faisait mettre en retard.
Je ne sais comment cela se fait mais je ne peux avoir de l’eau qu’au compte-goutte. Il va falloir que je fasse violence à ma timidité et que je demande à quelques ménagères s’il en est ainsi chez elles.
Dormirai-je mieux cette nuit que la précédente ? Enfin, nous verrons ce que je ressens en écrivant ceci, c’est que j’ai le hoquet, voilà une bétise à laquelle je ne pensais plus.
Encore une journée d’hiver, couverte, bruine et pas de soleil.
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avril 12, 2008 par Isabelle Gautheron
1923, mardi 12 juin (les accidents)
J’ai noté sur le journal dix neuf victimes causées par les autos dont deux morts.
Ajoutons à cela les accidents des avions, des chemins de fer, tramways, autobus, catastrophes maritimes, accidents dus aux intempéries.
On arriverait à un joli total.
C’est comme une petite guerre où chacun est touché selon le hasard de son destin.
Publié dans 1923 | Taggé 1923 accident | Laisser un commentaire »
avril 12, 2008 par Isabelle Gautheron
Allons cette fois, je crois que nous allons vers les belles journées ensoleillées.
Petit à Petit, les manteaux noirs et gris des brumes et des nuages se déchirent et semblent s’évanouir en une légère fumée nous faisant apercevoir l’azur profond des cieux et plus tard quand les lueurs crépusculaires s’atténueront de plus en plus, les étoiles marqueront un point d’or ou d’argent sur la voûte céleste.
Tant que mes yeux verront, je ne me lasserai jamais de contempler la belle nuit étoilée. J’ai toujours ressenti une joie intime, douce, indéfinissable.
Je m’y suis laissé aller tout jeune, c’était instinctif en moi et toujours en avançant dans le sentier des années, je ne me suis jamais lassé d’admirer ce ciel toujours jeune qui ne semble pas comme moi vieillir, nature éternellement jeune puisque nous la voyons toujours la même.
Allons nous reposer car demain il faut continuer la semaine commencée.
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décembre 23, 2007 par Isabelle Gautheron
Les professeurs Piccard et Kipfer ont atteint avec leur ballon l’altitude de 16 000 mètres. Ils en sont revenus sains et saufs.
Attendons les détails car sur les journaux, il n’y a aucun renseignement scientifique sur cette ascension unique. Attendons, je reste sceptique.
Piccard a servi de “modèle” à Hergé pour composer son personnage du professeur Tournesol dans les Aventures de Tintin (voir le Trésor de Rackham le rouge)
Publié dans 1931 | Taggé Piccard stratosphere ballon | Laisser un commentaire »
décembre 23, 2007 par Isabelle Gautheron
Ce matin à 5h30 quand je me levais un beau soleil éclairait le boulevard. Tout était sec. Mini + 17, la journée fut idéalement belle, pas de nuages bas mais beaucoup de cirrus coïncidant avec une accentuation de la baisse du baromètre, trois millimètres depuis ce matin, c’est pourquoi nous restons plus que jamais sous la menace nuageuse.
Hier à Paris, la foudre a démoli une corniche d’un bâtiment rue Lafayette.
Je me suis rasé. Le reste de mes pois d’hier chauffent. Je pense qu’ils seront encore bons. Je vais avec cela déguster une petite boîte de sardines.
Briand restera-t-il ministre ? Voilà la question du jour. Dans le Nord toujours 117.000 grévistes et chez nous, il en est qui voudraient travailler et que l’on envoit à la pêche pour 8 jours. C’est encore moins pire que la grève.
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décembre 23, 2007 par Isabelle Gautheron
Une belle journée d’été plus chaude que la veille, maximum vers + 28, nuages orageux ce soir ciro-cumulus, le baromètre en faible baisse.
La journée s’est passée mais j’ai pédalé. Ni le vieux, ni Maurice, c’est trop, le gros en a pris pour son grade, c’est le cas de le dire.

Enfin, je suis là, ça s’est tiré.
Les SFIO tiennent leurs congrès à Tours où ils discutent toujours des mêmes conneries.
Cela me rappelle l’avant guerre.
Ils savent qu’ils s’adressent à des jeunes qui n’ont rien vu, auxquels on n’a rien appris et c’est pourquoi on va renouveler la même farce qu’en 1914.
Les jeunes sont de bonnes poires pour les politiciens. On leur fait croire ce que l’on veut. On les évangélisent. Ils deviennent les croyants de leurs misères futures.
En attendant, je fais cuire les pois avec 3 saucisses.
Publié dans 1931 | Taggé sfio | Laisser un commentaire »
décembre 23, 2007 par Isabelle Gautheron
Une belle journée, brouillard ce matin jusqu’à 7 heures. Hier soir, en revenant, je remarquais une tranchée que l’on avait creusée en face de la rue Morel et qui venait jusqu’au milieu du boulevard. Elle était entourée de cordes. Je pensais en moi-même “voilà là un piège pour les autos”.
Cela n’a pas manqué. Quand ce matin je suis repassé, une auto était venue buter contre la tranchée et dressait son arrière vers le ciel. Certes cela eut pu être évité si comme ce soir, on avait établi une solide palissade en planches et mis un agent. Toujours la même histoire, on attend qu’un accident soit arrivé pour prendre des mesures.
Ce matin, + 6 max, ce soir + 15. Ce soir, je me fais un tapioca qui est prêt et je continue mes flageolets. Je suis allé payer mon terme à la concierge. Il n’y a pas de changements, 172,40. Il va falloir samedi prochain que je m’achète un peu de lingerie.
Il est encore plus instructif de consulter de vieux bouquins que d’écouter la T.S.F.
Entendre “un meuble signé Lévitan dure longtemps”, “le vernis Cire”, les galeries Barbès et leur bonhomme en bois…
Ainsi ce soir en pensant aux livres d’histoire que l’on met entre les mains des jeunes écoliers, je pensais au Père Loriquet dont mon professeur M.Pierre autrefois nous parla. Il avait écrit une histoire de France en deux volumes toute truquée. Ce fut ce qui le rendit plus célèbre à la postérité. Il était né à Epernay en 1767 et il mourut à Paris en 1845. C’était un jésuite et éducateur, vulgarisateur, célèbre pour son époque. Nos éducateurs qui travestissent l’histoire à la mode du Père Loriquet.
Et Lorette qui donne son nom à Notre Dame de Lorette, et bien, il y a bientôt un siècle, ce nom était donné aux femmes galantes. Et comme dans ce quartier de la ville, il y en avait beaucoup, on nomma l’église ainsi. Elle fut édifiée sur les plans de l’architecte Hippolite Lebas (architecte, 1823-1836).
A cette époque, les masses populaires étaient pour Napoléon comme aujourd’hui elles sont pour le socialisme. Bonaparte était le socialiste de l’époque, il flattait les masses populaires leur promettant monts et merveilles. Tout pour le peuple et par le peuple. On sait ce qu’il en advint. Les socialistes de notre époque emploient les mêms procédés des bonapartistes d’il y a un siècle. On flatte les masses populaires, on leur promet le bonheur, la paix, tout ce qui peut faire un peuple heureux et puis on déchantera. La dictature socialiste ne pourra contenter tout le monde. les communistes eux les ramèneront à l’esclavage organisé, on tuera les trop chétifs et on ne gardera que les plus robustes, on les nourrira comme on nourrit un troupeau.
Enfin, l’humanité aura progressé, l’homme animal supérieur dominera des masses d’hommes inférieurs ravalés au rang de bétail.
On leur fera refaire des pyramides en attendant qu’ils se relèvent pour prendre une Bastille.
Publié dans 1931, Clichy | Taggé Charles Loupot, Galeries Barbès, Levitan | Laisser un commentaire »
novembre 23, 2007 par Isabelle Gautheron
Ce matin, seize degrés. Cette fois, le thermomètre fait des folies. Je me suis levé à sept heures, c’est dire qu’il faisait jour depuis longtemps. Mon café dans le four du petit poèle s’était tenu tiède . J’ai eu le temps de vider mes ordures de la semaine et ensuite j’ai fait le ramoneur, puis le sommeiller et vers onze heures, je m’en suis allé chez mon bouif* d’avant guerre m’acheter une paire de brodequins. Nous bûmes l’apéritif et pour mon repas de midi, trois oeufs à la coque, gruyère, trois bananes et me voici sur le point de prendre ma vieille ceinture pour aller voir mon grand frère.
Je suis arrivé à Charonne à trois heures un quart. Ici, le paysage ne change pas. Il reste tel que je l’ai connu il y a vingt ans quand nous allions avec ma mère voir mon frère à Bagnolet. En fait, dans ce coin de Paris, on se sent loin du faubourg Montmartre et autres grandes artères de la capitale.
Eugène m’ a fait faire un tour au Père Lachaise. Nous avons vu le mur des fédérés orné de ses couronnes écarlates. En face Benoit Malon dont je me souviens avoir lu des articles dans l’Intransigeant il y a quelques trente ans, Eugène Pottier, le poète socialiste, un peu plus loin Le Royer et l’autre des cloches de Corneville*, ensuite Victor Noir très impressionnant et celle encore toute fleurie Sarah Bernhard.
Nous n’avons pas tout vu, il fallait rentrer car l’heure s’avançait. Je me suis fait faire ma tête chez Henri et j’ai dormi à Paris. Il avait fait une belle journée d’été autant qu’on puisse le souhaiter.
* Le bouif : nom familier du cordonnier
* Robert Planquette, auteur des Cloches de Corneville. Il possède sa rue à Paris, près de la rue Lepic et de la villa des Platanes, rue où il habitait.
Publié dans 1923, Paris, Père Lachaise | Taggé "Benoit Malon", bouif, Planquette, Victor Noir | Laisser un commentaire »
novembre 23, 2007 par Isabelle Gautheron
Il y a aujourd’hui vingt neuf ans en ce même jour, Carnot était assassiné à Lyon par un anarchiste. Ceci me ramène loin en arrière. J’étais à Nancy soldat au 26ème.
Ce geste imbécile nous valut d’être de piquet plusieurs jours de suite.
Ce matin, à deux heures, s’est effectué le départ du tour de France cycliste. Le premier arrivé au Havre se nomme Jacquinot.
Tous ces sports ont été favorisés par un beau temps qui ce soir semble vouloir se gâter. Le mauvais temps qui règne dans le nord de l’Europe en est la cause. Jeanne est venue me voir cet après-midi. Je l’ai accompagnée jusqu’à la rue Curton. le baromètre après avoir baissé de trois millimètres remonte. L’orage est passé au large.
Robert Jacquinot gagnera la première étape du Tour de France 1923, Paris-Le Havre.
Publié dans 1923, Clichy | Taggé "Robert Jacquinot", "Rue Curton", "Sadi carnot, "Tour de France 1923" | Laisser un commentaire »
novembre 23, 2007 par Isabelle Gautheron
Favorisé par le beau temps, je pris la Ceinture à St Ouen et descendis à Pont de Flandre où je pris le tramway qui me descendit à la porte de la vaste nécropole parisienne.
Sous les ombrages de ces arbres que j’ai vus en 1890 gros comme des manches à balai, je cherchais la place où ma mère repose depuis le 12 décembre 1919.
Je la trouvais enfin après avoir cherché pas mal de temps. Ici, tout est bouleversé.
Dans les villes, même quand on est mort, on ne vous laisse pas tranquille.
Combien je préfère le cimetière du village où l’on dort éternellement, tranquillement autour d’un vieux clocher dont les cloches chaque jour sonnent l’angélus ou qu’elles tintent soit pour la fête ou la douleur.
Là, on dort comme on a vécu, paisiblement, voilà à quoi je songeais en arrachant les ronces qui étaient sur la tombe de ma mère.
La nature y a mis des fleurs, ce sont des boutons d’or, je les ai laissés.
Je repris le train du pont de Flandre à cinq heures moins dix et j’arrivais un quart d’heure plus tard chez mon frère où je restais jusqu’à six heures passées. On reprit le tramway et vers sept heures je le quittais pour aller chez Henri qui me fit ma tête comme d’habitude.
Je dînais et couchais à Paris selon l’usage. La suite pour Dimanche.
Publié dans 1923, Pantin | Laisser un commentaire »
novembre 23, 2007 par Isabelle Gautheron
Ce matin, Eugène est venu me prendre chez Henri. Ensemble nous avons pris le métro et sommes descendus à St Ouen. La matinée était grise masi pas froide.
Nous sommes passés par le passage Touzet où je vis un joli chat noir.
Arrivant à la maison, je fis mon fourbis habituel pendant que mon frère cassait la croûte je faisais diverses courses. Vers dix heures, il reprit le chemin de Paris. Jeanne vint vers dix heures, deux heures de conversation, lecture de journaux, on causa un peu de tout sans dire de mal de personne. Elle s’enfuit vers dix sept heures. Je dînais. On frappe à la porte, c’est Catherine et on recause de chose et d’autre.Entre temps, la nuit tombe. Le temps s’est maintenu aujourd’hui. Très nuageux et le soleil ne s’est montré qu’à travers les nuages.
La zone en images : exposition de” photographies d’Atget à la BnF
La démolition des fortifications porte de Clignancourt en 1919.
Publié dans 1923, St Ouen | Taggé "Passage Touzet" | Laisser un commentaire »
octobre 7, 2007 par Isabelle Gautheron
Mon boucher a vendu sa boîte sans rien dire ; en face le pharmacien dont la patronne gérait la maison est vendu aussi. Les vieux gérants du primistère sont partis il y a deux mois. Que de changement !
Ce qui ne change pas ce sont les prix. C’est comme si aux élections, on changeait le gouvernement mais la vie chère continuerait. On veut travailler peu et gagner comme si on donnait un effort moyen. Tout le monde raisonne ainsi. Comment veut-on qu’il n’y ait pas de hausse car en somme, tout exige de la main d’oeuvre, la vie chère est l’oeuvre de tous. Est-ce que les ménagères marchandent à présent ? Et si vous débattez le prix d’une denrée, vous en avez dix derrière vous qui font la surenchère. Les politiciens qui exploitent la vie chère pour taper sur le gouvernement seront également impuissants s’ils prennent sa place.
J’ai acheté aujourd’hui un flacon de dépuratif, je crois que cela ne me fera pas de mal.
Publié dans 1924 | Laisser un commentaire »
octobre 7, 2007 par Isabelle Gautheron
Demain, on travaille jusqu’à midi. Malgré les heures en plus que nous faisons depuis que nous avons repris le travail, c’est à dire le 10 mars, je n’ai pas récupéré les 250 f. que j’ai perdus comme salaire. Il en manque encore près de quarante francs.
Les grèves, c’est la ruine.
Je me suis laissé dire que pour les élections, les extrémistes voulaient déclencher une grève générale. Ils peuvent essayer, je ne crois pas que leur succès soit bien grand.
Nous ne ferons plus les frais des candidats députés. On sait ce qu’il en advient et ce que ça coûte.
Publié dans 1924, Carbone Lorraine | Taggé grève, Levallois, Porte d'Asnières | Laisser un commentaire »
octobre 7, 2007 par Isabelle Gautheron
Hier, j’ai reçu deux journaux, aujourd’hui un et il y a sept listes dans notre secteur de banlieue. Moi je n’en estime que deux de sérieuses, celle de l’union républicaine et celle des communistes.
Sans parler de celle des Camelots du roi. Mais ce cartel des gauches, quelle salade. Il y a des communistes excommuniés, des socialistes unifiés -je me demande ou est l’unité aujourd’hui – des socialistes tout court, des radicaux socialistes et voilà et il y en a une autre dans le même genre. Que de candidats pour si peu d’élus, 492 pour 56 sièges et allons-y !
La foire électorale est ouverte ; les élections qui se feront le 11 du mois prochain peuvent avoir une grande influence sur les destinées de la France. Si c’est l’alliance des gauches internationalistes -qui tend la main aux bolcheviks- qui a la majorité, nous irons à une période de gâchis et de troubles sociaux dont on ne peut prévoir la fin.
Journée d’averses et de vent violent, température fraîche.
Publié dans 1924, Clichy | Taggé camelots du roi, Elections, Union Républicaine | Laisser un commentaire »
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